Pas d’éducation possible derrière les barreaux

vendredi 15 décembre 2006

Lhumanité du 14 decembre

Prison . L’ouverture en juillet prochain, dans le Tarn, d’un établissement pénitentiaire pour mineurs suscite toujours des oppositions. Confirmation lors d’un débat public, lundi soir.

« Peut-on véritablement éduquer des jeunes en prison ? Suffit-il d’y mettre des éducateurs pour que la prison devienne alors éducative ? » C’est à partir de ces questions sensibles que, lundi soir, dans la halle aux grains, plus d’une centaine de personnes sont une nouvelle fois entrées dans le vif du débat qui occupe les esprits dans cette localité tarnaise et bien, au delà. À Lavaur, la mobilisation ne faiblit pas depuis deux ans contre l’ouverture, en juillet prochain, de l’un des sept établissements (EPM) pénitentiaires pour mineurs, âgés de treize à dix-huit ans, programmés sur le territoire national par le gouvernement (1). Des rassemblements de protestation ont été organisés. Des pétitions signées. Des soirées de discussions ont permis de s’informer avec la participation d’historiens puis de juristes. Ce 11 décembre, sont invités des professionnels de l’éducation, des témoins qui travaillent avec des jeunes mineurs incarcérés.

accentuer une dérive répressive

« La prison pour les mineurs questionne en profondeur toute la société », note d’emblée Christiane Odetti, porte-parole du collectif anti-EPM (2), pour souligner que l’enjeu déborde largement le choix d’implantation de cet établissement. Qui, rappelle-t-elle, ne doit pas être confondu avec les centres éducatifs fermés également mis en place ces dernières années. Éducateur et formateur à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), syndicaliste au SNPES-FSU, Patrick Sirven revient sur les mesures prises toutes ces dernières années par les gouvernements pour accentuer une dérive répressive au détriment de l’éducatif. À des enfants mineurs placés comme « boucs émissaires » sur la scène politique, au « laxisme » des juges, s’ajouterait « l’incapacité » des éducateurs spécialisés. « Les jeunes, tout comme les professionnels, les familles et les services sont mis en cause et une lame de fond renverse les principes fondamentaux de l’intervention éducative. »

Les intervenants, citoyens et professionnels, s’accordent ici à reconnaître que la prison pour des adolescents n’est surtout pas la solution, même si chacun tient à réaffirmer qu’un délit doit toujours être sanctionné. Forts de leur travail d’accompagnement de mineurs délinquants en grandes difficultés, les éducateurs présents veulent aller plus loin en démontrant à partir de témoignages que le long et patient travail éducatif est incompatible avec l’enfermement. « L’apprentissage de la dignité, de l’humanité, le respect de soi et d’autrui ne peuvent s’apprendre en prison, il faut de l’accompagnement individualisé, de l’écoute, de l’aide, de la confiance, insiste Marie, éducatrice au sein de la PJJ. Nous sommes dans un persévérant travail de remaillage des liens, un travail qui demande la coopération de tous. » Un travail par lequel, confie-t-elle encore, « nous nous retrouvons souvent dans la solitude de l’accompagnateur de fond ».

Patrick Sirven indique que l’éducation d’un jeune délinquant n’est pas linéaire, et que la société doit assurer un espace, un terrain d’expériences, à ces jeunes afin qu’ils puissent eux-mêmes se confronter aux limites. « Dans les prisons pour mineurs, où se trouve l’espace de vie, de respiration ? questionne-t-il.

Valoriser l’insertion et l’encadrement

C’est bien pourquoi il ne peut y avoir véritablement d’éducatif en prison. » Afin de valoriser l’efficacité durable des divers dispositifs éducatifs, d’encadrement et d’insertion des mineurs, le syndicaliste cite deux études des tribunaux de Pau et de Rouen. Après cinq années de suivi, elles montrent que 80 % des jeunes suivis par la PJJ ne récidivent pas. Comme d’autres intervenants, il dénonce d’autant plus fermement les décisions gouvernementales de réduction de 30 % des moyens accordés aux associations et aux structures éducatives.

(1) Avec Lavaur, les cinq autres prisons pour mineurs sont implantées dans les secteurs de Marseille, Lyon, Valenciennes, dans les villes de Meaux, Porcheville, Orveaux.

(2) Parmi les organisations qui le composent : SNPES-PJJ, FSU, Syndicat de la magistrature, PCF, LCR.



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