Oui aux états généraux de la prévention et de l’éducation Non aux états généraux de la sécurité à l’école

jeudi 8 avril 2010
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La FCPE Val de marne apporte son analyse concernant Les « Etats Généraux sur la sécurité à l’école » qui vont se tenir les 7 et 8 avril.

Le gouvernement c’est servi des évènements graves dans notre département pour faire la proposition, sous la houlette du ministère de l’éducation, des états généraux de l’insécurité à l’école. La tenue de ces états généraux avait été faite dans un contexte de campagne électorale, il s’agissait de renvoyer une certaine image de la société sur le dos de populations ciblées et stigmatisées.

Outre l’empressement avec lequel les médias relayent la thématique de l’insécurité à l’école, on est également surpris du manque de sens critique dans cette affaire et de la facilité avec laquelle, associations et organisations syndicales, sont tentés d’accepter l’invitation du ministre. La manœuvre est très habile car une fois de plus, l’intitulé de ces états généraux nous amène à penser l’école dans le cadre voulu et fixé par le gouvernement. La question reste, en suspens, de savoir si l’insécurité est la meilleure porte d’entrée pour penser l’échec de la démocratisation de l’école.

Il est étonnant que personne ne réponde en réclamant des états généraux de l’école faisant le bilan des politiques néo-libérales de ces dix dernières années et n’appelle à l’évaluation des moyens nécessaires à la reconstruction d’une école de qualité face à la montée des inégalités en France.

Le risque de ces états généraux est de banaliser ou de construire comme normal ce qui n’est en fait que très exceptionnel, justifiant ainsi le remplacement progressif des politiques éducatives par des politiques répressives qui nécessitent le recours non plus aux seuls agents de l’éducation nationale – dont le nombre diminue dans les établissements scolaires.

Les « Etats Généraux sur la sécurité à l’école » vont se tenir les 7 et 8 avril.

Comme le souligne le ministre Luc Chatel L’école doit être et demeurer le lieu de l’apprentissage du « vivre ensemble ».

La « violence » à l’école ne peut faire l’objet d’un traitement basé avant tout sur une politique « sécuritaire » déclinée à travers le diagnostic de sécurité, équipes mobiles de sécurité, policiers référents, s’ajoutant aux portiques et à la vidéosurveillance. Ces deux derniers dispositifs, non seulement ont fait la preuve de leur inefficacité (les incidents dramatiques dans les établissements du Val de Marne le prouvent) mais toutes ces mesures et le discours sécuritaire qui les accompagne visent à ignorer la question cruciale des causes de cette violence et à contourner celle, non moins cruciale, des moyens humains engagés pour la prise en charge, l’enseignement et l’encadrement des élèves. L’ensemble de ces moyens contribue pourtant à la prévention de la violence en milieu scolaire.


Pour la FCPE 94, cette violence est intrinsèquement liée aux difficultés sociales croissantes et à l’exclusion qui en découle.

Partout, chômage, précarité, inégalités explosent, entraînant pour les familles, des difficultés accrues, la misère et l’exaspération sociale. S’y ajoutent discriminations, ghettoïsation urbaine et pression policière...

Les services publics, notamment sociaux (suite aux suppressions massives d’emplois) sont asphyxiés. Le chômage des jeunes atteint des taux record dans certains endroits, favorisant repli et dérives violentes. Cette violence sociale participe de la violence à l’école.

L’école elle-même génère échec et exclusion, aggravés par les récentes réformes du système éducatif, notamment de la carte scolaire, de l’éducation prioritaire, du primaire, de la voie professionnelle et récemment de la formation des maîtres. Les résultats sont les suivants : peu ou pas de mixité sociale et scolaire, la situation d’exclusion d’élèves, d’écoles et d’établissements, l’abandon des personnels, leur formation réduite (à néant dès l’an prochain !), leur expérience insuffisante, l’absence d’équipes éducatives, le traitement de la violence « réservé » aux CPE et aux personnels de surveillance, les effectifs trop lourds…

L’obsession de la transmission des fondamentaux (au détriment de la réflexion et de l’expression), de l’évaluation et du résultat, l’élitisme et la mise en concurrence des élèves, la non prise en compte de leur diversité, la hiérarchisation des établissements et des filières, l’orientation subie, les laissés-pour-compte, leur sentiment d’échec, l’intériorisation de leur propre exclusion, la perte de l’estime de soi, l’humiliation silencieuse et le sentiment de ne pas être reconnus… Cela fait la violence DE l’école.

Or, si les violences sont toujours trop nombreuses (il est cependant difficile de les quantifier et de savoir si elles augmentent…), les moyens sont, eux, toujours plus réduits ! Depuis 2003, globalement les effectifs des personnels d’éducation ont été amputés de façon drastique, dont 61 600 d’enseignants (titulaires, non titulaires, stagiaires).

Dans le 1er degré, la dépense par écolier est bien en deçà de la moyenne des pays de l’OCDE, la maternelle et les RASED sont menacés.

Dans le second degré, le nombre de médecins, assistants sociaux, infirmiers, CPE, surveillants sont notoirement insuffisants, voire inexistants (éducateurs, psychologues) malgré les besoins croissants des élèves !

Nous pensons pourtant que le traitement de la violence est aussi une question de moyens. La présence renforcée d’adultes à l’école est un facteur anti-violence avéré.

Nous exigeons la création de postes de surveillants, de personnels d’encadrement et de Vie scolaire (le recrutement des CPE par concours a été divisé par 4 depuis 2002), de personnels « médico-sociaux » et d’éducateurs intégrés à des équipes pédagogiques stables.

Mais globalement, dans l’Éducation nationale et ailleurs, la politique actuelle pourrait se résumer ainsi : ne pas s’attaquer à la structure de ce système inégalitaire, ignorer les besoins, abandonner une partie de la population, tout en donnant l’illusion d’agir…

La FCPE 94 s’oppose au plan proposé

« Les jeunes sont violents comme la société est violente », indique JP Rosenczeig, Président du tribunal pour enfants de Bobigny. Pourtant l’analyse du « pourquoi la violence » est occultée. La seule réponse de l’État, surmédiatisée, est strictement sécuritaire. Une mission concernant « les sanctions à l’école » est confiée au « criminologue » A. Bauer. Un sociologue quant à lui, parle de « législation antiterroriste »…Et pas un mot sur la prévention !

Cette dérive s’inscrit dans un contexte de judiciarisation des comportements, notamment des mineurs. On a du mal à prendre en compte qu’un jeune au comportement violent puisse être aussi une victime. On confond enfants en danger et enfants délinquants, bagarres de récréation et faits graves (et nombre de mineurs sont placés en garde à vue !). Une « justice des mineurs de masse » s’installe quand les mesures éducatives et le soin (là encore par manque de moyens) laissent place aux mesures pénales et à un avenir encore assombri… Ainsi, on ne croirait plus en l’éducation alors que la répression aggrave toujours la violence !

Pour nous, le bon plan est local et humain. Outre les réponses politiques et sociales à apporter globalement, la seule réponse de l’école de la République, parce qu’elle est encore le principal lieu de socialisation et la seule issue de secours dans nombre d’endroits, doit être éducative et pédagogique. Elle doit s’appuyer sur des équipes pluri professionnelles
- personnels enseignant, d’éducation, médico-social, d’orientation, de direction-, stables et formées surtout, en nombre, avec les moyens répondant aux besoins et la connaissance de l’environnement local, le temps et la volonté de s’emparer collectivement du problème. Le traitement et la prévention de la violence imposent, en effet, de la cohésion et du sur mesure. Le climat scolaire qu’installe l’équipe, la place donnée aux parents, le respect et le suivi dus à chaque élève permettent de construire un projet adapté, d’établir une autorité collective et les règles du vivre ensemble. C’est là notre conception de l’autonomie de l’établissement.

Dans l’immédiat, et à l’encontre des effets d’annonce concernant les réflexions d’un criminologue sur les sanctions à l’école, nous demandons que soit mis en place un vrai travail de réflexion sur la prévention, avec tous les acteurs de l’Éducation nationale, la Protection Judiciaire de la Jeunesse, les juges pour enfants, l’aide sociale à l’enfance… Face à la violence sociale, l’école ne saurait être considérée comme un sanctuaire.

Ainsi, préférant l’Education à la répression, nous nous prononçons pour des états généraux de la prévention et de l’éducation et contre des états généraux de la sécurité à l’école !