Alors que l’Unef appelle à cesser le mouvement, ils sont encore plusieurs milliers à manifester, comme ici à Paris, contre une loi « profondément mauvaise » qu’ils refusent en bloc. .

jeudi 29 novembre 2007
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Pas facile de manifester quand, premièrement, il pleut. C’était le cas aujourd’hui, à Paris. Et deuxièmement, quand le point de rendez-vous n’est pas clair. C’était aussi le cas. « Vous allez à la manif ? C’est où ? » demande une étudiante de Paris XIII, un peu perdue, avec ses 70 camarades, à la sortie du métro de la Bibliothèque nationale de France. Car si pour les étudiants, le cortège de la manifestation contre la loi Pécresse devait partir d’ici, les lycéens sont partis, eux, de la place d’Italie…es »

Qu’à cela ne tienne, tout le monde part au trot rejoindre le gros du cortège, devant quelques mémés médusées, à l’arrêt de bus. Au milieu des étudiants, Patricia Tutoy, intervenante à l’IUT de Villetaneuse, qui dépend de Paris XIII, est comme eux contre la loi Pécresse. « Il ne faut pas se le cacher. Les universités comme la mienne seront moins bien dotées que les grosses parisiennes, où iront les financements privés. Cela ne me permettra pas d’avoir le statut de professeur associé », craint-elle.

« La loi créera des disparités entre étudiants »

Le cortège – composé de quelques milliers de lycéens et d’étudiants – est enfin rejoint par les retardataires. A l’arrière, dix fourgons de CRS et un car de la police, prêts à servir, suivent doucement les manifestants. A l’avant, la sono balance « jeunes et cons », le morceau protestataire au titre ironique de Saez. Derrière une banderole, des étudiants de Nanterre sautent tous ensemble, au cri de « et hop Pécresse, la loi va sauter ! » C’est la contribution athlétique des étudiants de Staps (sport) à la manifestation.

Certains sont venus de province pour battre la pavé parisien. « Nous manifestons contre le désengagement de l’Etat, la baisse du nombre d’étudiants dans les conseils d’administration », explique Patricia, venue avec une dizaine d’autres de l’université de Dijon.

« La loi créera des disparités entre étudiants », souligne pour sa part Mickael, lycéen de seconde du lycée Ravel (20e). Bruno, régisseur à Paris VIII, s’inquiète du sort des personnels d’université, et se demande quelle sera la place des filières de sciences humaines, alors qu’« on deviendra des écoles préparatoires pour l’entrée en entreprise. »

Méfiance à l’égard des médias

Parmi les manifestants, la méfiance à l’égard des médias, accusés de partialité, est palpable. « Je suis étonné de voir comment ils ne relatent le mouvement que par la question du blocage, sans évoquer les questions de fond, sans discuter de la loi LRU. C’est comme pour les cheminots : on n’a parlé pratiquement que des problèmes des usagers, sans vraiment comprendre pourquoi ils faisaient grève », s’étonne Ida, étudiante en ethnologie à Nanterre. « Par exemple, sur Nanterre, le jour où les CRS ont chargé, la presse a un peu vite parlé d’un face à face entre bloqueurs, et anti-bloqueurs, alors que de nombreux étudiants présents étaient plus là en badaud, surpris de voir la police à l’université », ajoute-t-elle.

A l’heure où les étudiants manifestent, ils ne savent pas encore que l’Unef appelle les AG à suspendre grèves et blocages. Mais tous critiquent la position du syndicat de Bruno Julliard, qui a rencontré Valérie Pécresse mardi : « La négociation, c’est pas la solution. L’Unef ne représente pas les étudiants du mouvement, et elle vient décider pour nous ! » s’énerve Octave, étudiant en histoire.

« On ne revendique pas la même chose », lance un autre. « L’augmentation du budget annuel de l’université de 5 milliards sur 5 ans (une annonce de Nicolas Sarkozy que Valérie Pécresse à assuré à L’Unef Ndlr), c’est dérisoire. Ça ne représente que 10% de budget en plus, ce qui est loin des besoins. De plus, rien n’en garantit la réelle application d’ici là, si la conjoncture économique se retourne, souligne Kamel Tafer, de Sud-étudiant. Cette loi reste profondément mauvaise. On fera tout pour que la grève continue. »


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