Les profs ont répondu présent à la grève

lundi 18 décembre 2006

Entre un tiers et la moitié des enseignants des collèges et lycées ont débrayé lundi et plusieurs milliers ont manifesté partout en France contre le projet de décret allongeant leur temps de travail, répondant ainsi largement au mot d’ordre de mobilisation des syndicats.

Selon le ministère de l’Education nationale, 35,73% des enseignants de collèges ont fait grève, 23,62% dans les lycées professionnels et 38,94% dans les lycées généraux et technologiques.

De son côté, le Snes-FSU, principal syndicat du secondaire, a recensé 53% de grévistes en lycées et 55% en collèges, à partir de chiffres recueillis auprès de 500 établissements à 10H00.

Les enseignants, deux fois plus mobilisés que lors de la précédente journée de grève, le 28 septembre à l’appel des principales fédérations, contre la suppression budgétaire (2007) de 8.500 postes, protestent contre un projet de décret, que le ministre de l’Education, Gilles de Robien, doit signer fin janvier.

Ce texte prévoit d’allonger de une à trois heures le temps de travail de certains des 384.000 enseignants des collèges et lycées, afin d’économiser 2.800 postes équivalents temps plein. Il instaure également leur "bivalence", c’est-à-dire la possibilité d’exercer dans deux matières, et encourage, selon les syndicats, les affectations dans deux, voire trois établissements.

Pour la première fois depuis la fronde contre Claude Allègre en 1998, ce texte soulève une telle indignation que 15 organisations, de l’extrême gauche à la droite, soit 99% de la représentation enseignante, se sont unies pour le contester.

"Nous n’améliorons pas l’Education en chargeant la barque des enseignants", a estimé Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, principale fédération de l’Education.

Quant à Bernard Kuntz, président du Snalc-CSEN, deuxième syndicat du secondaire, généralement classé à droite, il "n’accepte pas que les professeurs qui sont déjà les moins bien payés d’Europe soient encore moins bien rémunérés pour financer des réformes qu’ils désapprouvent".

Thierry Cadard, secrétaire national du Sgen-CFDT, a fustigé "l’absence totale de dialogue" lors de l’élaboration du texte, réclamant "l’ouverture de négociations sur les évolutions du métier d’enseignant".

Le ministre de l’Education nationale a affirmé dans un communiqué que ce texte "participe à la modernisation du système éducatif" et à l’exigence d’équité dans l’exercice de la profession.

Les manifestations ont réuni entre 3.200 (police) et 10.000 (syndicats) enseignants à Paris, entre 2 et 4.000 à Marseille, 1.000 et 2.000 à Rouen, 750 et 1.000 à Bordeaux, 1.000 et 2.000 à Lille, 1.000 et 1.800 à Rennes. Quelques centaines ont également manifesté à Strasbourg, Toulouse, Perpignan, Brest, Clermont-Ferrand, Besançon, Tours, Pau, Quimper ou encore Lorient, etc.

A Bordeaux, certains manifestants arboraient un tee-shirt avec l’inscription "j’ai raté mon bac car mon prof d’éco était nul en histoire-géographie".

Partout, ils avaient surtout à coeur de justifier la ou les heures de cours dont ils sont déchargés depuis 1950 pour compenser un surplus de travail dans certaines matières ou classes.

"Déjà que l’heure qui nous était accordée pour préparer les paillasses (plans de travail) ou laver les lames (plaques en verre de labo), est insuffisante, alors là ça va vraiment mettre en danger notre qualité de travail", a ainsi expliqué à l’AFP Joëlle Cognie, professeur de sciences de la vie et de la terre en Seine-Saint-Denis dans le cortège parisien.



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