Défendons le travail de l’Ecole publique pour l’égalité entre les femmes et les hommes !

QUESTIONS/REPONSES à propos de l’ABCD de l’Egalité et des études sur le genre
dimanche 26 janvier 2014
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Pourquoi tant de haine ?

Les groupes organisateurs rassemblent les forces les plus réactionnaires et usent du mensonge [1] et de la désinformation pour manipuler les parents d’élèves. Ils s’en prennent à l’école publique pour diffuser une idéologie de haine, ouvertement homophobe et défendant la famille patriarcale qui attribue aux femmes et aux hommes des rôles traditionnels, hiérarchisés, contraires au principe d’égalité entre les femmes et les hommes.

Pourquoi l’école publique est-elle visée ?

Le projet pédagogique « ABCD de l’égalité » [2], actuellement conduit à titre expérimental dans 10 académies, dont la nôtre –mais ayant vocation à être généralisé à la rentrée prochaine-, est l’une des cibles de ces courants réactionnaires. Ce dispositif de l’Education Nationale consiste à sensibiliser les enfants aux stéréotypes sexistes qui contribuent à entretenir les inégalités entre les femmes et les hommes (sur le plan professionnel, salarial, du travail domestique, etc.) [3]. Il s’agit par exemple de faire comprendre, à travers des séances pédagogiques liées aux programmes, qu’il n’y a pas de raison de penser que certains métiers ou activités soient considérés comme « masculins » ou « féminins » : les femmes peuvent aussi bien que les hommes être conductrices de train, ingénieures ou joueuses de football ; les hommes peuvent aussi bien que les femmes être infirmiers, travailler dans la petite enfance ou faire de la danse classique.
Ces stéréotypes sont en effet à l’origine, à l’adolescence, de choix d’orientation nettement différenciés chez les filles et les garçons [4] qui conduisent à une reproduction des inégalités professionnelles et salariales.
La FCPE considère que c’est bien le rôle de l’école de travailler à déconstruire ces stéréotypes avec les enfants, de manière à combattre efficacement les inégalités entre femmes et hommes.

Y a t-il une « théorie du genre » ?

Cette expression est une création des milieux réactionnaires pour mieux discréditer les travaux des Sciences humaines (sociologie, anthropologie, histoire, etc.) qui utilisent le concept de genre.
Ils s’opposent à un domaine de recherche pluridisciplinaire, né il y a une trentaine d’années en Europe, qui s’intéresse aux rôles et responsabilités dévolus aux hommes et aux femmes dans une société.
Être sensibilisé aux études de genre, c’est faire la part du culturel, des stéréotypes pesant sur les individus en fonction de leur sexe, et avoir conscience des rapports sociaux entre les sexes. C’est admettre que le chromosome Y n’est pas incompatible avec les tâches ménagères, et le destin des femmes n’est pas exclusivement d’être mères, par exemple

Qu’est-ce que le « genre » ?

Alors que la notion de sexe désigne le sexe biologique –la différence de sexe entre les hommes et les femmes est une différence anatomique que tout le monde peut constater-, la notion de genre souligne le fait que les rôles, les activités, les attitudes, considérés comme « féminins » ou « masculins » sont des représentations de nature sociale et non biologiques. Or, ces normes sociales qui enferment chaque individu dans les catégories stéréotypées du « féminin » et du « masculin » hiérarchisent –ce qui relève du genre masculin est toujours socialement plus valorisé que ce qui relève du féminin-, empêchent les individus de développer toutes leurs capacités et leurs goûts –les filles comme les garçons s’interdisent –inconsciemment le plus souvent- les domaines d’activités qui ne conviennent pas à leur genre- et marginalisent et excluent celles et ceux qui ne se retrouvent pas dans les caractéristiques de genre qui correspondent à leur sexe.
Les groupes réactionnaires qui voudraient rayer le mot « genre » de notre vocabulaire souhaitent donc enfermer les individus dans des rôles stéréotypés et perpétuer les inégalités entre les hommes et les femmes, voire revenir en arrière à ramenant les femmes à la maison, en prétendant, contre tous les travaux de recherche sérieux [5], que ces rôles sont naturels.

Pourquoi une sensibilisation à l’école ?

À l’école, les rapports sociaux de sexe ont cours et sont maintenant bien connus. Le système éducatif les reproduit par ses hiérarchies entre professions, l’orientation des élèves, les pratiques de classe et les interactions enseignant/élèves, l’image des disciplines, l’évaluation des élèves, les manuels scolaires, la littérature de jeunesse, l’occupation de l’espace dans la cour et la présence symbolique dans la classe...
Nous devons veiller à ne pas enfermer les enseignants et les élèves dans des schémas étriqués, afin de laisser ouvert le champ de tous les possibles, choix d’orientation scolaire et professionnelle ou choix de loisirs, et de permettre l’épanouissement de toutes et tous. Il s’agit de lutter contre les stéréo¬types, de promouvoir la diversité. Cela se pratique au quotidien, dans les attitudes et les réactions, et peut également être traité lors d’activités pédagogiques plus spécifiques.
Un enjeu majeur de cette éducation à l’égalité, c’est aussi faire reculer les violences faites aux femmes et toutes les violences de genre. En effet, les violences résultent aussi de nos représentations et du fait que trop d’hommes considèrent encore que leur sexe leur donne des droits sur les femmes. Nos enfants, à l’école, ne sont pas épargnés, comme le montrent les chiffres inquiétants sur le harcèlement [6]. Dans quelle cour de récréation les filles ne sont-elles pas « embêtées » par les garçons ? Des petits garçons subissent des violences par des groupes de garçons –voire de filles- parce qu’ils ne correspondent pas à la norme de virilité dont le groupe se considère comme le défenseur : il peut leur suffire de porter des lunettes, d’avoir un caractère doux ou rêveur, ou de bien travailler à l’école, pour être la cible de harcèlement . [7]
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[1Citation extraite de l’un de ces messages : « ils vont enseigner à nos enfants qu’ils ne naissent pas filles ou garçon, mais qu’ils choisissent de le devenir !! sans parler de l’éducation sexuelle prévue en maternelle à la rentrée 2014 avec démonstration… » : c’est de la diffamation.

[2Voir le site de l’Education nationale : www.cndp.fr/ABCD-de-l-egalite

[4A tire d’exemple, seulement 28% de filles dans les formations d’ingénieurs ; moins de 17% de garçons dans les formations du domaine social ou paramédical. Globalement, les différences d’orientation entre filles et garçons se sont peu estompées avec le temps : aux garçons, les filières de production, la mécanique ; aux filles, les métiers du secteur tertiaire, les formations littéraires. Les moindres performances des garçons en lecture et leur échec scolaire plus fréquent doivent tout autant nous alerter.
Chiffres sur le site : Au-delà des idées reçues. ONISEP.
Télécharger les brochures « Les femmes et les sciences » et « Filles et garçons sur les chemins de l’égalité ».

[5Lire par exemple Féminin-Masculin, Mythes et idéologies, sous la direction de la neurobiologiste Catherine Vidal (recueil d’articles très accessibles de chercheurs-ses en anthropologie, neurobiologie, philosophie, sociologie, paléoanthropologie, psychologie).

[6Voir le site du ministère www.agircontreleharcelementalecole.gouv.fr/