Reproduction des inégalités de genre à l’école

Extrait de l’intervention de Sandrine Bourret au congrès de la FCPE 94
samedi 8 juin 2013
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L’Ecole doit s’engager contre la reproduction en son sein des stéréotypes, des inégalités et des violences de genre.

La lutte contre la reproduction à et par l’école des inégalités sociales est engagée depuis longtemps par la FCPE et nombre d’organisations. Mais force est de constater que le combat contre la reproduction à et par l’Ecole des inégalités de genre, l’est beaucoup moins fortement et systématiquement. Pourtant, l’Ecole contribue à la reproduction des différenciations stéréotypées entre garçons et filles. On trouve toujours dans nombre de classes, du rose pour les filles et du bleu pour les garçons, des représentations stéréotypées du rôle des mamans et des papas, etc. Ces représentations reproduisent et renforcent les différenciations qui, loin d’être seulement des différences, sont aussi des inégalités. Des études* approfondies montrent à quel point le contenu des manuels scolaires participe de la même logique. La place des femmes dans l’histoire, dans l’art, dans l’histoire des sciences, etc. y est extrêmement minorée, voire inexistante. On apprend ainsi implicitement aux enfants que la politique, l’histoire, l’art, la science, etc. sont le produit de l’activité des hommes et que les femmes n’y ont pas leur place.

Résultat  : à l’adolescence, les choix d’orientation sont très différents suivant le sexe. Les filles s’orientent ainsi très majoritaires dans les filières littéraires, médico-sociales, assistantes de direction, etc. et les garçons dans les filières scientifiques et industrielles. Ces différences deviennent des inégalités sur le marché du travail, tant en termes d’opportunité d’emploi que de rémunération. Elles se traduisent aussi par les violences faites aux femmes qui sont la manifestation sociale ultime du maintien de la norme de domination des femmes par les hommes. C’est d’ailleurs souvent lorsque les femmes refusent de se soumettre à cette norme, en tout ou en partie, qu’elles se heurtent à la violence, tant verbale que psychologique ou physique, qui vise à les y maintenir. Or les violences sexistes commencent dès l’école et son rarement identifiée et traitée comme telles.

Soulignons également que les garçons ont eux aussi tout à gagner à ne pas s’enfermer dans les stéréotypes du genre masculin, qui peuvent les conduire à l’échec scolaire (lequel frappe aujourd’hui davantage les garçons que les filles). En effet, attirer l’attention sur soi en perturbant les cours, jouer à qui se fera le plus souvent punir ou exclure pour montrer son courage, se battre pour montrer sa virilité, etc., sont des attitudes statistiquement très masculines, incompatibles avec le respect du cadre permettant les apprentissages.

Aujourd’hui, les enseignant-e-s ne bénéficient pas de formation spécifique et systématique sur ces questions. Suivant leur sensibilité personnelle, leur initiative individuelle pour se former, ils/elles mèneront en classe un travail de déconstruction des stéréotypes et des inégalités de genre ou… les renforceront. Ce n’est plus une situation acceptable. La formation doit devenir massive et des outils critiques être apportés à tous les enfants pour qu’ils/elles puissent développer toutes leurs potentialités individuelles.

Face à cette situation, l’Education nationale a déclaré l’égalité entre filles et garçons priorité 2013. L’Académie de Créteil est l’une des dix académies pilotes. Il est prévu un plan de formation, notamment en direction des inspecteurs/trices. Un mémo a été adressé à tous les chefs d’établissement du second degré pour les aider à faire de la lutte pour l’égalité de genre un axe du projet d’établissement et à impulser des actions concrètes en mobilisant les équipes pédagogiques. Le premier degré est l’axe prioritaire. Il peut désormais s’appuyer sur le programme « L’ABCD de l’égalité », kit pédagogique élaboré par le Ministère des Droits des femmes et pour lequel les enseignants peuvent bénéficier de formation. Reste à faire en sorte que ces mesures s’appliquent concrètement.

Nous parents, avons un rôle important à jouer. Certaines directions sont en effet frileuses précisément parce qu’elles craignent de bousculer les idées reçues supposées être très présentes chez les parents. Demandons dans chaque conseil d’école et conseil d’administration quelles sont les actions menées pour faire avancer l’égalité entre filles et garçons et si cet axe figure dans le projet d’école ou le projet d’établissement.