Pourquoi des grèves à l’université et pourquoi cela concerne nos enfants ?

dimanche 21 juin 2009
par  Briand A et B
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Février 2009 : l’Université et la Recherche Françaises s’arrêtent et vont mener des actions différentes et vivantes à l’attention du Ministère de l’Education Nationale (Xavier Darcos), et du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (Valérie Pécresse), mais aussi pour informer la société civile et nos co-citoyens.
La grève, certes, mais comme ultime recours face au mutisme et au mépris du gouvernement de N. Sarkozy.
Parmi ces actions nouvelles, tout un ensemble de manifestations théâtralisées comme celle :
- de la mort de la Recherche et de l’Université françaises,
- des lectures multilingues et en costumes de la Princesse de Clèves,
- des nouveaux mandarins et de leurs valets avec leurs balais et autres outils de nettoyage,
- des cireurs de pompes,
- du bruit et de la fureur avec tous les instruments de musiques possibles.
Il y eut :
- l’envoi le même jour de toutes nos publications au Palais de l’Elysée afin que son résident ait
de la bonne lecture,
- des « freezings » dans les gares et autres lieux publics,
- les départs avec valise en carton et billets aller simple dans les gares et aéroports des doctorants et jeunes chercheurs,
- des cours hors les murs pour tous, et partout,
- la Ronde des Obstiné(é)s sur la place de grève devant l’Hôtel de la ville de Paris ….
Mais le gouvernement ne voit rien, n’entend rien, les grands médias non plus, et vous qui êtes en train de me lire, connaissiez-vous toutes ces actions ?

http://www.sauvonslarecherche.fr/

Il est probable que non, car ce que l’on entend aujourd’hui est que le « blocage des universités nuit gravement aux diplômes et aux étudiants » et que « ce mouvement est noyauté par des gauchistes ringards » !

Des grèves à l’université et dans les labos du CNRS
Contrairement à l’hôpital public, l’université et la recherche sont déjà soumises à une privatisation forcée depuis la loi LRU votée sans aucune concertation et avec la désapprobation de la majorité des universitaires et des chercheurs pendant l’été 2008 à l’Assemblée nationale. Pour mener à bien cette loi, viennent ensuite les nouveaux décrets sur le statut des enseignants-chercheurs, la « mastérisation » des concours de recrutement des futurs enseignants du 1er et du 2nd degrés, le regroupement des universités en « pôles d’excellences » et l’émiettement du CNRS en une multitude d’instituts.
Contre cette logique de marchandisation du savoir et des connaissances, de gestion de l’université et de la recherche comme une entreprise avec, à terme, uniquement des employés, des intérimaires et des précaires qui ne vont plus délivrer que des savoirs « rentables et utiles » comme le globish international, la gestion, le commerce et la finance, l’informatique et les arts googlelisés, ou des savoirs partiaux (destruction des diplômes laïcs et nationaux), l’université et la recherche en France se sont mobilisées, suivies, accompagnées par des milliers de scientifiques européens et internationaux. En effet, les lois Sarkozy reprennent et amplifient à l’absurde le mouvement actuel de globalisation du marché de l’enseignement supérieur et de la recherche où l’idéologie dominante s’impose pour tous, partout, et qui s’expriment à travers entre autres, les rapports de l’OCDE, le traité de Lisbonne, les classements internationaux. Le « modèle anglo-saxon » qui nous est proposé en France semble aller encore plus loin que ce qui est mis en place dans les universités américaines ou britanniques.

http://www.nytimes.com/2007/11/20/education/20adjunct.html?pagewanted=1&_r=1
http://www.nytimes.com/2009/02/25/books/25human.html?_r=1&8dpc
http://www.journal-online.co.uk/article/5631-staff-threaten-to-strike-as-liverpool-university-plans-to-close-departments

En revanche, pour ce qui est de la Recherche, les conflits d’intérêts entre une science indépendante et de plus en plus soumise au monde des affaires n’est plus à démontrer. S’il le fallait encore, il suffit de se reporter à cet article du Guardian, précisant le nom et les affiliations au monde des affaires des grands patrons des instituts de recherche britannique. C’est ce que se passe au CNRS avec son éclatement en instituts et les appels à projets qui doivent préciser l’impact économique de ces projets !

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2009/may/11/science-research-business

Ces soi-disant réformes concernent directement nos enfants !

Résultat n°1 : Les futurs enseignants de vos enfants pourront avoir obtenu des diplômes reconnus par l’état mais ne représentant plus un caractère national et laïc. Autrement dit, en fonction des classements et de la concurrence selon des critères multiples, il sera très difficile d’apprécier la qualité des diplômes obtenus et surtout, des critères religieux viendront brouiller la dimension fondamentalement hors religion de la connaissance. Les futurs enseignants de vos enfants pourront de façon consciente ou non orienter les connaissances à transmettre selon des critères et valeurs religieuses qui n’ont aucun rapport avec les données scientifiques.

Résultat n°2 : La mise en concurrence des établissements, des personnels enseignants et autres, l’externalisation des services de cantines, de nettoyage, de certains cours (langues, sports, arts …), la sélection des élèves en fonction des projets du directeur d’établissement sont des mesures qui en étant associées viennent remettre en cause une certaine « démocratisation » de l’enseignement qui a été effective depuis les années 60 et les Trente glorieuses. Les impératifs incessants à la crise, à la peur viennent détruire ces avancées sociales pour revenir à un autre système d’inégalités par l’argent et où les problèmes « ethniques » et de « communautés » viennent se substituer dans les mots et dans les raisonnements aux vrais problèmes d’inégalités sociales, économiques et culturelles.

Résultat n°3 : Après avoir suivi une scolarité obligatoire de 6 à 16 ans, puisqu’il n’y a aucune garantie que la maternelle soit préservée, vos enfants pourront entrer dans l’enseignement supérieur, selon votre lecture des palmarès et selon une carte de mise en concurrence des universités, celles qui font partie de l’excellence et celles qui deviendront des collèges américains avec des diplômes qui s’arrêtent à la licence. Mais quel que soit l’établissement « choisi » car plus exactement, c’est l’établissement qui choisira nos enfants à ce niveau, les frais d’inscription élevés nécessiteront un système de prêts, déjà mis en place.

Rève général ou cauchemar ?
Voilà le système éducatif qui se prépare pour nos enfants : dès la maternelle ils seront surveillés ainsi que leurs parents (c’est l’idée récurrente de faire payer les parents qui ne s’assurent pas de la présence de leurs enfants à l’école ni de leur « bon comportement »). Ils seront ensuite sélectionnés pour aller dans tel ou tel établissement tout au long de leur scolarité obligatoire en fonction de critères économiques et de critères culturels dont devront justifier les parents. Enfin, à l’université, la sélection s’accentuera encore et vos enfants devront rembourser des prêts qui les lieront une partie de leur vie adulte pour des emplois tout aussi incertains qu’ils ne le sont aujourd’hui, du fait de la « crise perpétuelle » dans laquelle les puissants d’aujourd’hui nous plongent et nous plombent.

Bienvenue, chers enfants, dans le 21ème siècle !


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