Apprendre, pas si simple !

vendredi 5 septembre 2008
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Cette année scolaire inaugure les nouveaux programmes de l’école primaire voulus par le ministre de l’Education nationale et la suppression des cours du samedi matin décidée par le Président de la République.

Sur ces deux aspects, l’avis de la communauté éducative, les apports de la recherche et l’intérêt des élèves ont été fort peu pris en compte. C’est d’autant plus regrettable que le ministre, alerté par les résultats prétendument catastrophiques des écoliers français aux évaluations internationales, entend « redresser la barre » par ces nouveaux programmes.

Qu’en est-il réellement ?

Premièrement, le constat de départ est contestable. N’en déplaise au ministre, les évaluations internationales ne placent pas les élèves français dans les profondeurs du classement mais dans la moyenne des pays européens. Quant au pourcentage d’adultes illettrés, il est, selon l’INSEE, en baisse constante depuis 40 ans. L’idée selon laquelle le « niveau » baisserait dangereusement ne résiste donc pas à un examen attentif. Pour autant, certains élèves ne maîtrisent pas suffisamment l’écrit et l’ensemble des connaissances requises pour devenir des adultes, autonomes, responsables et critiques qui pourront s’intégrer socialement et acquérir une qualification. Soucieux de la qualité de leur enseignement et de la réussite de tous, les enseignants s’attachent jour après jour à faire progresser chaque élève à son rythme pour l’amener à surmonter les difficultés quand elles surviennent.

Deuxièmement, le ministre prétend renforcer le volume horaire dévolu à l’enseignement du français et des maths. Or, il n’en est rien : ces volumes seront maintenus, rien de plus, tandis que la part consacrée aux autres domaines sera amputée de 2 h par semaine.

Enfin, le ministre affiche sa satisfaction d’avoir rédigé des programmes courts. Au risque de gâter son plaisir, nous affirmons qu’ils sont plus lourds que les précédents. La valeur d’un programme ne se mesure pas à son nombre de pages mais plutôt aux pistes qu’il trace pour favoriser la réussite de tous les élèves. C’est bien là que le bât blesse ! Ces programmes ne prennent pas en compte le développement des enfants, ils n’appellent ni à la réflexion ni à la compréhension pourtant indispensables pour construire des apprentissages durables.

Professionnels et déterminés, les enseignants s’appuieront sur leur expérience, sur les résultats de la recherche pour mettre en oeuvre une pédagogie efficace au service de la réussite de leurs élèves. L’objet de ce document élaboré par vingt organisations représentant l’ensemble de la communauté éducative a pour objet de délivrer une information claire sur la réforme en cours. En effet, un climat de confiance entre les familles et l’école est fondamental pour la réussite des enfants.
Avait-on perdu les fondamentaux ?

Lire, écrire, compter, qui a jamais imaginé que l’école avait renoncé à ces fondamentaux ? Certainement pas les enseignants. Sous prétexte de restaurer les fondamentaux, il s’agit en fait de mémoriser des apprentissages morcelés, sans liens entre eux, sans progressivité dans la compréhension des notions étudiées. Si la lecture, l’écriture et le calcul sont fondamentaux c’est parce qu’ils sont les outils de la connaissance et personne n’a jamais maîtrisé un outil sans l’utiliser. On n’apprend pas à tenir une truelle sans monter de murs, on n’apprend pas à faire du vélo sans rouler ! S’engager dans les apprentissages demande des efforts dont tous ne perçoivent pas spontanément la nécessité. Ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’abstraction, avec l’univers de l’écrit, doivent apprendre à percevoir l’intérêt de consentir à cet effort. C’est possible par la diversité des usages de la langue et des mathématiques. C’est là un moyen de conduire le plus grand nombre d’entre eux à la réussite, défi majeur de l’école d’aujourd’hui.
La lecture c’est pas automatique !

Savoir lire et écrire ne se réduit pas à la maîtrise des correspondances entre les lettres et les sons. C’est pour cela que les enseignants font aussi acquérir à leurs élèves des connaissances leur permettant de comprendre le sens des phrases et des textes, de développer leur vocabulaire et de produire euxmêmes des écrits. Pour ce faire, ils multiplient les activités de lectures, de manipulations, d’observations et de production. S’agissant de la grammaire, s’ il convient de connaître un nombre limité de règles cela ne suffit pas. C’est la compréhension de ces règles qui permettra les automatisations nécessaires installées progressivement grâce à des activités d’écriture et de lecture variées propres également à susciter l’envie de lire et d’écrire.

Quand la morale remplace l’éducation civique

Que veut-on ? Des élèves bardés d’interdits et inquiets des sanctions, ou des élèves désireux de vivre ensemble et de s’approprier les règles indispensables au respect mutuel ? Les programmes choisissent la première solution au travers de « l’instruction civique et morale », vérité révélée et descendante qui fonctionne sur le mode de la norme et de la menace et donc génère la révolte et le conflit. Comme s’il suffisait de lire un proverbe écrit au tableau, d’apprendre par coeur une chanson, d’écouter des leçons de morale pour devenir un citoyen à part entière ? A cet archaïsme, on préférera l’éducation civique qui se fonde sur le vécu dans et autour de la classe, pour construire des règles de vie porteuses de valeurs : respect, solidarité... qu’il sera d’autant plus possible d’étendre à la vie en société qu’elles auront été acquises par la pratique.
Comment les enfants apprennent-ils ?

Apprendre ne se décrète pas.

C’est, en réalité, le résultat d’un processus long et complexe qui procède par étapes. Se limiter aux seuls fondamentaux du lire-écrire-compter ne correspond plus aux exigences du monde moderne. L’ouverture à la langue française, aux mathématiques est un vaste programme qui ne se réduit pas aux seules transmissions de techniques opératoires et mécaniques. Les activités artistiques, culturelles et physiques contribuent aussi à la réussite scolaire et à l’épanouissement. Le savoir se construit, se désire ou répond à un besoin, et ne se résume pas au stockage de connaissances. Pour ce faire, des situations d’apprentissages sont proposées par les enseignants. C’est tout l’art de la pédagogie. Ainsi, il ne suffit pas de se focaliser sur les conjugaisons car il faut aussi connaître la façon dont un élève construit la notion de temps, où il en est avant de l’aborder et comprendre ensuite ses erreurs pour l’aider à progresser. Un autre exemple : connaître les tables de multiplication par coeur est indispensable, mais loin d’être suffisant. Cela ne donne pas le sens de la multiplication, ni pour l’utiliser à bon escient dans des problèmes, ni pour comprendre ses différentes écritures : 4x3= 3x4= 4+4+4= 3+3+3+3. Enfin le savoir est constitué des connaissances acquises par l’élève et auxquelles il a su donner du sens et du lien, il ne se résumera jamais à un empilement de savoirs. Se limiter à des exercices répétitifs ou à de simples applications de règles risque de dégoûter de l’école. Dans une démarche qui amène les enfants à comprendre ce qu’ils font, en revanche, le par coeur, l’entraînement, l’automatisation prennent alors toute leur place et deviennent utiles.
L’école va-t-elle si mal que ça ?

C’est une première en France, le Ministre de l’Education nationale prétend tenir compte des résultats des évaluations internationales. Et pourtant, les nouveaux programmes ne répondent pas aux enseignements de ces évaluations. Pour ces dernières, les élèves français ont peur de se tromper, sont moins habiles que les autres élèves pour résoudre les problèmes et pour transférer, dans des situations nouvelles pour eux, les connaissances qu’ils acquièrent. Plutôt que de rabâcher des règles, les élèves ont besoin d’être accompagnés avec méthode par les enseignants pour affronter avec confiance des situations complexes.

Quel ré-aménagement pour le temps scolaire ?

Le ré-aménagement du temps scolaire est une question lourde et difficile. La réponse simpliste du gouvernement de supprimer 2 h de cours se traduit le plus souvent par une concentration de la classe sur 4 jours par semaine. Où est l’intérêt des élèves dans une telle mesure ? A quelles conditions sera-t-il le plus disponible pour les apprentissages ? Pour cela, tout doit être remis à plat : il faut repenser la répartition des activités sur la journée, le rythme hebdomadaire, le rythme annuel, la périodicité des vacances. Pour définir des emplois du temps, et des calendriers scolaires adaptés aux jeunes, trois principaux rythmes doivent être respectés : le sommeil, les variations journalières de la vigilance et de l’activité intellectuelle, les variations saisonnières et cela tenant compte également des différences liées à l’âge. « Mettre à plat les rythmes scolaires », c’est aussi prendre en compte l’enfant dans sa globalité, et donc harmoniser le temps scolaire et extra-scolaire. On ne peut y parvenir qu’en associant tous les partenaires concernés par l’éducation des jeunes : enseignants, parents, scientifiques, responsables des associations complémentaires de l’école et des mouvements pédagogiques, collectivités locales.

Aider les élèves les plus en difficulté, qui serait contre ?

S’il s’agit d’une aide, elle doit être organisée par les enseignants à partir des activités et exigences scolaires. S’il s’agit d’accompagner les élèves dans leur scolarité, elle peut être assurée par d’autres adultes à condition qu’elle fasse l’objet d’une concertation préalable, d’évaluations régulières avec les enseignants et les parents et qu’elle propose des activités qui ne se réduisent pas à de la répétition. Le ministère propose un « accompagnement éducatif » en fin de journée, progressivement étendu à l’école primaire (en ZEP-REP à la rentrée 2008) et, pour les élèves repérés par les enseignants, deux heures hebdomadaires ou des stages de vacances. Trop souvent la suppression du samedi matin va conduire, dans la précipitation de cette rentrée, à alourdir la journée des élèves qui ont déjà peu d’appétit pour l’école. Il y a mieux à faire : changer la façon de travailler en classe. Une aide plus ciblée est nécessaire pour certains enfants mais elle est bien plus efficace quand elle est assurée par ou en lien avec des maîtres spécialisés (RASED) qui ne doivent surtout pas disparaître dans la tourmente. Contrairement à ce qu’affirme le ministre, aider des élèves qui ont des difficultés, c’est difficile ! Et on ne réglera pas le problème par des mesures annexes, encore moins en supprimant deux heures de classe par semaine.
LES ORGANISATIONS SIGNATAIRES

- AFEF (Association Française des Enseignants de Français)
- AGEEM (Association Générale des Ecoles et classes Maternelles Publiques)
- AIRDF (Association Internationale pour la Recherche en Didactique du Français)
- CEMEA (Centres d’Entrainement aux Méthodes d’Education Active)
- CRAP-Cahiers Pédagogiques (Cercle de Recherche et d’Action Pédagogiques)
- ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne)
- FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves)
- FGPEP (Fédération Générale des Pupilles de l’Ecole Publique)
- FOEVEN (Fédération des Oeuvres Educatives et de Vacances de l’Education Nationale)
- FRANCAS (Francs et Franches Camarades)
- GFEN (Groupe Français d’Education Nouvelle)
- JPA (Jeunesse au Plein Air)
- Ligue de L’Enseignement
- OCCE (Office Centrale de Coopération à l’Ecole)
- SE-UNSA (Syndicat des Enseignants)
- SGEN-CFDT (Syndicat Général de l’Education Nationale)
- SNUipp-FSU (Syndicat National Unitaire des Instituteurs et Professeurs des Ecoles)
- SI.EN-UNSA Education (Syndicat de l’Inspection de l’Education Nationale)
- SNPI-FSU (Syndicat national des Personnels d’Inspection)


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