Déclaration des grévistes : les syndicats d’enseignants vent debout contre Darcos

vendredi 25 janvier 2008
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Les syndicats d’enseignants étaient vent debout vendredi contre Xavier Darcos, qui leur demande de trouver un accord sur une déclaration individuelle de participation à une grève 48 heures avant, alors que l’issue des discussions paraît, selon eux, déjà décidée par le ministre.

Au soir d’une journée de grève plutôt bien suivie dans l’Education nationale jeudi, le ministre a annoncé qu’il allait chercher un "accord" avec les syndicats "pour que nous puissions avoir un préavis de 48 heures" avant une grève, comme c’est le cas dans les transports terrestres.

"Si nous n’avions pas cet accord" dans "les deux mois", "nous passerons par la loi", a prévenu le ministre, qui a pourtant qualifié de "succès" l’expérimentation d’un service minimum d’accueil dans 2.023 communes volontaires jeudi.

Il s’agira de faire en sorte qu’un enseignant "se déclare en grève systématiquement 48 heures avant, auprès des inspections d’académies, ce qui permettra de pérenniser le service minimum d’accueil" (SMA), a expliqué son entourage à l’AFP.

L’application de cette obligation aux seuls professeurs des écoles ou à la totalité des ensignants fera partie de la discussion, a-t-on ajouté.

Les syndicats, déjà très hostiles à ce SMA, dans lequel ils voient une remise en cause de l’exercice du droit de grève, n’ont pas caché leur agacement devant l’"ultimatum" lancé le ministre.

"Le résultat de la discussion est déjà écrit avant même qu’elle ait commencé ! Quelle conception du dialogue social !", a protesté Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp-FSU, majoritaire au primaire.

"Quelles sont les marges de discussion ? Le ministre présente les choses comme étant déjà fermées", a renchéri Luc Bérille, son homologue du SE-Unsa (2e dans le premier degré).

Accord ou pas, loi ou pas loi, l’objectif d’instaurer l’obligation de se déclarer gréviste est fixé d’avance par le ministre, a-t-on reconnu dans l’entourage de M. Darcos.

De son côté, Thierry Cadart (Sgen-CFDT) s’"agace du côté comminatoire" du discours de M. Darcos : "on ne travaille pas sous la menace !"

Les syndicats reprochent également au ministre d’avoir dit qu’il ne "pouvait pas y avoir d’argument en faveur de ne pas se déclarer grévistes". "Il va bientôt parler à notre place !", a réagi M. Cadart, tandis que M. Bérille ironisait : le ministre "fait les questions et les réponses".

"C’est quand même surprenant qu’au soir d’un mouvement puissant chez les enseignants, M. Darcos se borne à ne répondre que sur le service minimum, ignorant complètement les revendications des personnels", a dénoncé M. Moindrot.

Les grévistes protestaient notamment contre la suppression de 11.200 postes dans l’Education à la rentrée 2008 et des coupes encore plus importantes attendues les années à venir dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP).

Enfin, les syndicats estiment que le ministre "aurait pu avoir la courtoisie de (les) prévenir" (Snuipp-FSU) sur l’ouverture de ces discussions. "Nous sommes en contact hebdomadaire avec les syndicats", a-t-on répondu au ministère.

"M. Darcos est dans une grande difficulté car le budget que Bercy lui concède ne va pas lui permettre de mener sa politique éducative. De ce fait, il cherche un dérivatif et tente de déplacer les sujets dans les domaines où il peut avoir l’appui de l’opinion publique", a analysé M. Cadart.


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