Compte rendu FCPE 94 sur la Conférence-débat mardi 23 octobre 2007

mercredi 12 décembre 2007
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Georges Fortinos, ancien inspecteur de l’Education Nationale a présenté un historique de l’aménagement du temps scolaire.

Il apparaît qu’il fut rarement à finalité éducative et pédagogique. Les principaux objectifs de l’aménagement du temps scolaire ont toujours été économiques et politiques. (suite dans document à télécharger)

François Testu, professeur à l’université de Tours, spécialiste des rythmes scolaires.

La semaine de quatre jours « secs », c’est à dire en dissociant cette question du temps périscolaire, est une erreur. Il s’agit d’un constat basé sur les expériences menées jusqu’à présent. Il est important de parler d’éducation, terme qui réunit l’école et le temps périscolaire. Les travaux montrent trois rythmes à prendre en compte : (suite dans le document à télécharger)

Stéphane Bonnerie, maître de conférence en science de l’éducation à l’université de Paris VIII.

Cette réforme a été présentée comme étant dans l’intérêt du temps familial et des élèves en difficulté. Mais le problème est mal posé. Devant un élève en difficulté, on recherche une cible, un coupable (les enseignants, la méthode de lecture, le collège unique, ...). Or on doit se poser la question suivante : pourquoi les méthodes d’apprentissage (programmes scolaires, techniques, etc...) sont-elles inefficaces sur certains élèves ?

Le niveau d’exigence a monté, les apprentissages des élèves sont plus complexes, ce qui reflète les changements de notre société : augmentation de la complexité de la vie (technologies, ..), des métiers (......)

Georges Fortinos, ancien inspecteur de l’Education Nationale a présenté un historique de

l’aménagement du temps scolaire. Il apparaît qu’il fut rarement à finalité éducative et pédagogique.

Les principaux objectifs de l’aménagement du temps scolaire ont toujours été économiques et
politiques.

1- 1882 – 1922 : période socio-politique

Durant cette période : peu de vacances. La République est jeune et s’appuie sur l’école pour former
les enfants à leur rôle de citoyens et ainsi forger une culture républicaine (politique). En outre, la
gratuité de l’école permet de contrer l’influence des écoles privées (socio-).

2- 1922 – 1961 : période socio-économique

La durée des vacances scolaires augmente pour des raisons économiques : la France a besoin de bras
pour sa reconstruction, et la participation des enfants durant les périodes de vacances n’est pas
négligeable. Elle augmente aussi pour des raisons sociales, suite à l’instauration des congés payés,
puisqu’on ne peut à la fois permettre aux gens de partir en vacances, et leur interdire d’emmener
leurs enfants.

3- 1961 – 1980 : période économique

Les périodes de vacances sont décidées en accord avec le ministre des transports. Le zonage des
vacances d’hiver, puis de printemps, est décidé, sous l’influence des industries du tourisme et des
transports. On peut rapprocher cet effet de l’augmentation du PIB pendant cette période de faste
économique, les « trente glorieuses ».
En 1967 la décision est prise de supprimer l’école le samedi après-midi (mise en place en 1969), cet
après-midi devant être consacré, pour les enseignants, à des concertations pédagogiques. Le rythme
de la semaine étant modifié, le jour de repos de milieu de semaine, qui était le jeudi jusqu’à présent,
devient le mercredi.

4- 1980 – 1998 : période psycho-pédagogique.

Cette période semble marquer une rupture dans la façon d’envisager le temps scolaire. Les objectifs
affichés sont l’allègement des rythmes scolaires et la modification du calendrier scolaire. Dans ce
but, différentes lois, circulaires, et contrats sont adoptés :
– loi de décentralisation en 1983

– contrat d’aménagement du temps scolaire en 1984. Pour la première fois, un contrat réunissant

les ministères des sports et de l’Education nationale

– modification du calendrier scolaire en 1985, afin d’équilibrer le rythme annuel, sur une base 7
semaines d’école/2 semaines de vacances. Ce rythme implique la disparition des 3 zones. Or
l’organisation du tourisme pendant les vacances scolaires impose la division en trois zones du
territoire pour la répartition des vacances. Par conséquent, l’équilibrage du calendrier scolaire
fut modifié l’année suivante, et depuis ce rythme annuel de 7/2, reconnu comme équilibré pour
l’apprentissage scolaire, n’a pu être instauré.

– La loi d’orientation sur l’Education de 1989 reconnaît l’influence de l’aménagement du temps
scolaire sur la réussite scolaire.

– En 1991 la liberté est donnée aux conseils d’école de proposer son aménagement du temps

scolaire, en restants dans un cadre précis, dont : un volume horaire maximum de 6h par jour, pas
de congés inférieurs à 10 jours consécutifs, pas plus de 5 jours d’école par semaine, et un
volume horaire annuel fixé.

Dans le livre qu’il a co-écrit avec François Testu, Georges Fortinos explore des solutions pour
aménager le temps scolaire, basées sur des études ainsi que sur des expériences menées dans des
sites pilotes.

François Testu, professeur à l’université de Tours, spécialiste des rythmes scolaires.

La semaine de quatre jours « secs », c’est à dire en dissociant cette question du temps périscolaire,
est une erreur. Il s’agit d’un constat basé sur les expériences menées jusqu’à présent.
Il est important de parler d’éducation, terme qui réunit l’école et le temps périscolaire.

Les travaux montrent trois rythmes à prendre en compte :

1- le rythme biologique (veille-sommeil).
Sans une régularité de ce rythme, ainsi que la dose de
sommeil nécessaire (et variable selon les individus), on constate somnolence, énervement, et
absence de progression scolaire.
La sieste ne doit pas être imposée, mais la possibilité doit être laissée aux enfants de la faire, y
compris à l’école élémentaire : l’école doit s’organiser pour faire face à l’hétérogénéité des
comportements des enfants face au sommeil.

2- le rythme journalier.
Pour chacun, on constate une capacité d’attention croissante depuis le début
de la journée (aux alentours de 9h) jusqu’aux alentours de midi. Puis la capacité d’attention diminue
rapidement, et reprend en fin de journée. En fonction de l’âge l’intensité de ces variations, ainsi que
leur durée varie.

Ce rythme reste néanmoins fragile, et peut être rompu par une modification de l’activité des
journées précédentes. Par exemple, ce rythme journalier standard ne s’applique pas, en général, le
lundi à l’école, à cause de la rupture du week-end. Si on envisage d’augmenter le temps du weekend,
en supprimant le temps d’éducation du samedi matin par exemple, on augmentera d’autant
l’arythmie provoquée, et le rythme journalier d’apprentissage reprendra mardi après-midi au lieu de
mardi matin, et s’arrêtera le vendredi après-midi au lieu du samedi matin.
Le samedi matin n’est pas un temps d’apprentissage performant. Pourtant, il permet de rendre
performants les apprentissages du vendredi et du mardi. Il est en outre un temps que les éducateurs
et/ou les enseignants peuvent utiliser pour d’autres échanges, des révisions... En outre c’est souvent
un temps privilégié pour les rencontres entre les parents et les enseignants.

3- le rythme annuel.
Il existe deux périodes difficiles dans l’année : fin février-début mars, et fin
octobre-début novembre. Il est donc nécessaire de tenir compte de cette baisse de régime dans
l’organisation du calendrier scolaire.
Par conséquent il serait dommageable d’augmenter encore la période travaillée entre la rentrée des
grandes vacances et les vacances d’automne. En outre ces dernières ont une durée trop courte (10
jours seulement)
Notons que la durée optimale pour les petites vacances est de 15 jours : une semaine pour se
déshabituer de l’école, et une semaine de réelles vacances.
Le rythme d’alternance 7 semaines de travail/ 2 semaines de vacances est reconnu comme équilibré
et devrait être la base du calendrier scolaire.
La semaine de quatre jours « secs » démolit la rythmicité journalière, et renforce les inégalités.
Notons que les rythmes journaliers et biologiques de l’enfant sont globalement moins respectés en
famille dans les milieux défavorisés.

Il est inacceptable également de réduire le temps scolaire en rajoutant des heures de soutien pour les
enfants en difficulté, car ces heures seraient vécues comme une punition par des enfants déjà en
rupture avec l’apprentissage.

Il ne s’agit pas d’opposer un non « sec » à la suppression de l’école le samedi matin, mais de
s’assurer que les enfants aient un temps d’éducation, scolaire ou périscolaire, le mercredi matin et le
samedi matin.
Notons que, dans un soucis d’harmonisation au niveau national de l’éducation, on ne peut décréter
la suppression de l’école le samedi matin et laisser aux collectivités locales le soin, sans leur
donner les moyens, de prendre en charge ce temps d’éducation.
En ce qui concerne la diminution de 2h du temps de travail hebdomadaire des élèves, on pourrait en
profiter pour réorganiser la journée scolaire.

Stéphane Bonnerie, maître de conférence en science de l’éducation à l’université de Paris VIII

Cette réforme a été présentée comme étant dans l’intérêt du temps familial et des élèves en
difficulté. Mais le problème est mal posé. Devant un élève en difficulté, on recherche une cible, un
coupable (les enseignants, la méthode de lecture, le collège unique, ...). Or on doit se poser la
question suivante : pourquoi les méthodes d’apprentissage (programmes scolaires, techniques, etc...)
sont-elles inefficaces sur certains élèves ?

Le niveau d’exigence a monté, les apprentissages des élèves sont plus complexes, ce qui reflète les
changements de notre société : augmentation de la complexité de la vie (technologies, ..), des
métiers...
Par conséquent, la réflexion doit se centrer sur comment faire en sorte que l’école apporte
efficacement ses apprentissages aux élèves qui n’y ont pas accès en dehors.

En général, dans les milieux culturellement favorisés, les enfants sont constamment en situation
d’apprentissage, on fait appel sans arrêt à leur réflexion (cf jeux éducatifs, mais aussi, par exemple,
en mettant le couvert, on va demander à un enfant « nous sommes 5 à table, voici 3 couteaux,
combien t’en manque-t-il ? »...). Par conséquent, pour ces enfants les apprentissages à l’école font
appel aux mêmes types de sollicitations que leur vie hors temps scolaire. Aujourd’hui les
apprentissages sont adaptés à ces enfants. Or l’école doit se centrer sur les enfants dont la famille
n’est pas en mesure d’appuyer ainsi les apprentissages scolaires.
Car l’école doit offrir les mêmes
possibilités d’apprentissage aux enfants, quelles que soient les situations à l’extérieur de l’école.

L’école, donc, aujourd’hui, produit des inégalités. Pour autant, supprimer l’école, ou supprimer une
matinée d’école, augmenterait encore les inégalités.

Nous sommes à la croisée des chemins : notre école a été ouverte à tout le monde, et a permis à tous
de venir et d’apprendre. Aujourd’hui, nous sommes à la limite de ses capacités dans sa forme
actuelle. Deux choix s’offrent à nous :

– soit une école « à la demande », « selon son appétit ». En pratique, cela reviendra à choisir ses
apprentissages en fonction du portefeuille et de la culture, des traditions des familles

– soit une école qui permettrait à chaque élève, quelle que soit son origine sociale, d’avoir les
mêmes chances. Cela nécessite de réfléchir au problème tel que mentionné plus haut.

A lire : « Aménager le temps scolaire : théories et pratiques par Fortinos et Testu


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