Congrès de la FCPE nationale à Montpellier

mercredi 30 mai 2007
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Nous risquons fort d’être en face d’un régime libéral dur pendant 5 ans. Ce n’est pas une situation nouvelle. Nos prédécesseurs ont eux aussi connu ça, sous de Gaulle, Pompidou, Giscard.

Il ne s’agit pas seulement de résister, en tout cas pas de faire de la résistance passive. Il faut aller au-delà de la résistance, il nous faut nous mobiliser en permanence, comme nous l’avons fait depuis 5 ans.

Nous devons être une force de proposition car il s’agit surtout de proposer et de nous mobiliser sur nos fondamentaux, l’essentiel de nos valeurs : la laïcité, l’enfant au cœur du système éducatif, attachement viscéral au service public d’éducation.

Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à ce que le ministre de l’Education nationale dispose de plus de marge de manœuvre que ses prédécesseurs. Les logiques budgétaires resteront d’autant plus présentes que ce même gouvernement a pour projet de réduire la dette publique. Il le fera notamment par la réduction du nombre de fonctionnaires en ne remplaçant pas un départ en retraite sur deux.

Et nous savons bien que le principal réservoir, si l’on peut dire, de fonctionnaires qui partent à la retraite se trouve à l’Education nationale...

Si donc cette logique prévaut aussi à l’Education nationale, ce dont nous ne doutons pas un instant, nous devrons donc nous attendre à des suppressions de postes sans commune mesure avec ce que nous avons connu depuis 5 ans.

Les conséquences se retrouveront dans les cartes scolaires du premier degré, les DHG, les effectifs par classe, les suppressions d’options et de filières. Tout cela, je le souligne en passant, contribuera à accentuer les effets négatifs de la suppression annoncée de la sectorisation.

Face au gouvernement auquel nous pouvons nous attendre, le contexte de la vie associative et syndicale risque d’être rendu encore plus difficile dans les années qui viennent.

Là non plus, il ne faut pas s’attendre à une pause dans les recherches d’économies, et la vie associative en particulier risque d’être encore gravement touchée. Il n’y a pas de raison pour que les logiques de baisse des subventions et des aides allouées aux associations cessent et l’ensemble du secteur associatif risque de souffrir durablement.

Alors il est grand temps que nos partenaires associatifs issus de la mouvance laïque se retrouvent, pour fixer des objectifs convergents pour éviter la dispersion. La dispersion voire la concurrence des activités de nos partenaires est devenue une source de faiblesse et de fragilité.

Nous devons au contraire unir les forces laïques, pour mieux coordonner nos différents champs d’action et pouvoir peser plus sur le choix gouvernementaux.

Nous avons commencé à explorer les voies d’une telle union à travers la discussion que nous avons entamée pour aller vers une refondation du CNAL.

C’est un appel que nous lançons envers les mouvements d’éducation populaire laïques de nous mobiliser ensemble pour faire en sorte que nos principes communs soient mieux traduits dans leurs activités quotidiennes.

Les militants laïques des différentes structures doivent mieux se connaître et mieux partager leurs champs de responsabilité.

Nous-mêmes, nous savons qu’un certain nombre de nos responsables sont aussi des militants d’autres organisations laïques. Mais nous savons aussi que la mémoire et l’identité laïque qui nous unissent tous ont tendance à se diluer dans le temps.

Nous devons nous inscrire dans une logique de militantisme durable et renouvelable, c’est à dire promouvoir des formes de militantisme qui permettent aux uns et aux autres de militer dans une ou plusieurs organisations laïques et d’inscrire les nouveaux militants dans la durée.

C’est un enjeu d’avenir pour pérenniser nos fédérations et rationaliser nos interventions. Des menaces existent effectivement pour nos associations et l’union fait la force de l’assos !

Mais en aucun cas la FCPE ne servira de caution à des organisations groupusculaires qui travaillent sur nos champs d’intervention !

Nous sommes les têtes de réseaux !

Nous devons aussi prendre l’initiative sur un certain nombre de sujets qui préoccupent les parents. Comme par exemple l’initiative que nous avons retenue d’une semaine nationale d’action sur le poids des cartables permettra de montrer que la FCPE agit au plus près des préoccupations quotidiennes des parents.

C’est ce type d’initiative qui doit être encouragé. Et nous devons partager notre action collective. Nous devons mutualiser nos actions, c’est ainsi que nous nous serons forts.

Il faut profiter de l’année 2008 qui sera une année d’élections municipales. Les enjeux pour la vie quotidienne des enfants et de leurs parents doivent faire l’objet du débat public.

Aussi, nous avons à proposer une plateforme de revendications communes à discuter à l’occasion de ces élections essentielles : la question de l’accueil périscolaire des enfants, c’est-à-dire des garderies, de la restauration scolaire, de la pause méridienne, de l’accompagnement scolaire, des activités éducatives, culturelles, sportives, la question de l’aménagement d’espaces éducatifs pour les enfants dans les villes.

Toutes ces questions-là, qui relèvent des compétences des mairies, nous devrons les aborder au cours de la première journée des présidents afin de préparer nos propositions pour les municipales et les cantonales qui suivront.

Dans la même logique, nous devons aussi nous interroger sur les compétences du conseil général et la façon dont les parents et les jeunes doivent participer et s’investir dans la définition des politiques locales.

Dans l’immédiat, bien sûr, nous avons énormément de chantiers sur lesquels travailler avec le ministre.

Notre feuille de route pour l’année à venir est en grande partie tracée. Outre tous les dossiers en cours et ceux que nous aurons à cœur d’amener sur la table des nombreuses discussions à venir, nous savons que nous allons devoir nous positionner sur les mesures qui ont déjà été annoncées par le Président de la République lorsqu’il était candidat.

Nous ne nous laisserons pas éjecter de la communauté éducative ! Le ministre a eu l’air de vouloir nous donner des assurances à ce sujet, mais nous ne nous endormirons pas, pas plus sur ce sujet que sur n’importe quel autre, d’ailleurs !

Nous avons tous entendu le ministre. La sectorisation va très rapidement être remisée au placard. Nous allons devoir lancer toutes nos forces dans la bataille pour empêcher que, n’en déplaise au ministre, le système éducatif soit livré aux logiques du marché et de la concurrence.

Si effectivement, le ministre a l’intention de substituer à la carte scolaire un nouvel outil de mixité sociale - après tout, nous pouvons retenir ses annonces comme une hypothèse de travail parmi d’autres...

Donc, si effectivement il veut créer un nouvel outil, nous n’aurons de cesse que de lui faire adopter notre point de vue. A savoir que, pour instaurer une véritable mixité sociale à l’Ecole, il faut respecter trois principes : la transparence en matière de découpage et d’autorisation des dérogations, l’aide aux établissements les plus en difficulté et le refus de la concurrence entre établissements, qu’il soient publics ou privés.

Pour nous, la mixité sociale est surtout une question liée à la politique de la Ville. Sans mixité sociale dans les quartiers, tous les outils de gestion des effectifs dans le système éducatif ne seront que de faibles correctifs.

Le combat continue et il n’y a pas de trêve.

Il y a aussi la question de la note de vie scolaire et donc du brevet des collèges. Cela fait aussi partie des sujets que nous allons traiter, comme le statut des écoles primaires.

Comme l’éducation prioritaire, la laïcité et les bons traitements accordés aux établissements privés, la lutte contre l’échec scolaire, les élèves sans papiers, la continuité de l’enseignement des langues entre le primaire et le secondaire, et la place de l’anglais et de l’allemand dans cet enseignement, l’apprentissage à 14 ans, les rythmes scolaires, la mise en œuvre effective du droit des enfants en situation de handicap à être scolarisés, la démocratie lycéenne, Ecole maternelle...

Je n’ai pas besoin de développer tous ces sujets pour que vous sachiez qu’ils seront l’occasion de nous opposer au gouvernement.

C’est comme la sectorisation, est-il besoin d’en remettre une couche sur la sectorisation ? Cela fait trois jours que nous en parlons, et notre position est très claire.

Attention l’été sera chaud car le gouvernement veut réformer vite. Nous allons devoir être très réactifs. A commencer par les premières annonces budgétaires.

Peut-être le ministre s’avance-t-il beaucoup quand il affirme devant nos que nos avons les mêmes valeurs...

Il y a deux conceptions du système éducatif qui se font face.

Le premier modèle est celui d’une école régulée par les mécanismes du marché, à savoir une offre d’établissements scolaires disposant d’une grande autonomie de fonctionnement évaluée sous l’angle de la performance.

C’est un modèle où les familles peuvent choisir les établissements en fonction de leurs attentes vis-à-vis de l’éducation et des moyens dont elles disposent. Il s’agit d’un modèle libéral qui tourne le dos aux principes fondateurs de l’Ecole républicaine.

A l’inverse, le modèle pour lequel nous nous battons est celui du service public d’éducation qui accueille en son sein tous les enfants de la Nation.

Ce service public doit disposer des moyens qualitatifs, humains et matériels pour faire face aux défis et aux enjeux de l’Ecole de demain. Il doit résolument affirmer la place de l’Ecole maternelle dans le système éducatif. La question de l’échec scolaire doit être elle aussi posée.

A chaque niveau, les voies de remédiation doivent être mises ne place, notamment par l’intégration dans le service public du soutien et de l’accompagnement scolaire.

Ceci n’obère pas la nécessité d’une remise à plat des programmes afin que tous les enfants puissent véritablement maîtriser les connaissances et les compétences nécessaires à leur épanouissement dans la société.

Enfin, la question sociale doit être posée au sein même de l’Ecole en reconnaissant que les dotations budgétaires des établissements doivent être adaptées à la composition sociale des familles.

Pour nous, l’enfant est au cœur du système éducatif. C’est à partir de lui que doivent se construire les fondements de l’apprentissage des différents savoirs. C’est de là que découlent les missions que la Nation confie aux enseignants et à leur formation.

Pour porter haut cette conception du système éducatif, pour nous impliquer davantage dans l’Institution, comme semble le souhaiter le ministre, nous devons obtenir le statut du parent délégué.

Il s’est dit prêt à ouvrir la discussion. Ça n’est pas tombé dans l’oreille de 500 sourds ! S’il est toujours ministre le 17 juin et s’il a toujours l’oreille du Président de la République, nous pourrions donc bien avoir à travailler là-dessus aussi.

Le ministre a promis la mise en place d’études dirigées mais ailleurs il évoque des études surveillées. Le Président de la République, quand il était encore candidat, parlait, lui, de soutien scolaire. Nous savons bien, nous, qu’il ne s’agit pas de la même chose !

Ces différences, il va nous falloir les expliquer aux parents sur le terrain, à l’opinion publique, et pour cela nous devons nous mettre au clair sur ce que chaque terme signifie.

C’est pourquoi je vous propose que nous organisions notre prochain colloque sur la question de l’accompagnement scolaire, et que nous l’organisions en commun avec la Ligue de l’enseignement.

Il faut aller de l’avant !

A l’issue de ce congrès et des ateliers d’hier après-midi, il faudra reprendre notre projet éducatif pour l’actualiser.

Il est nécessaire pour nous de tenir compte des situations sociales d’existence des familles, il est nécessaire aussi d’introduire les nouvelles dimensions et réflexions éducatives qui doivent permettre au plus grand nombre d’enfants d’accéder à des niveaux supérieurs de formation et de qualification.

Dans un contexte de vieillissement de la population, et donc de la montée en puissance des générations qui partiront à la retraite, la solidarité intergénérationnelle devra être au cœur du lien social. Les jeunes générations devront pouvoir prendre toute leur place dans notre société.

Aujourd’hui, les jeunes démarrent dans la vie avec un niveau de vie inférieur à celui de la génération précédente. Notamment en raison du chômage de masse qui les touche plus particulièrement mais aussi de la précarité de l’emploi.

Dans un contexte de mondialisation de l’économie, l’élévation du niveau de formation de la population et des jeunes en particulier est un enjeu déterminant. Dans cette perspective, il faut que l’effort d’éducation de la jeunesse soit accru.

Or, il existe une double dimension des inégalités face à l’école. D’une part les inégalités scolaires liées à l’origine sociale qui se révèlent dès l’école élémentaire, se renforcent au cours de la scolarité et se traduisent par une durée plus courte des études au-delà de la scolarité obligatoire. D’autre part, les inégalités spatiales qui amènent les jeunes à faire de choix par défaut.

L’année 2007-2008 constituera la première étape de ce chantier. A nous de répondre à cette question centrale : comment reconstruire l’Ecole laïque pour qu’elle soit plus juste et plus démocratique ?


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